Publié par Paddythèque

Les quatre artistes nommés à l'occasion de la dizième édition du Prix Marcel Duchamp — prix de collectionneurs créé par l’ADIAF — sont Céleste Boursier-Mougenot, Cyprien Gaillard, Camille Henrot et Anne-Marie Schneider.

 

Prix-Marcel-Duchamp-2010.pngCréé en 2000 par l’ADIAF (Association pour la Diffusion Internationale de l’Art Français), le Prix Marcel Duchamp distingue un artiste français ou résidant en France, travaillant dans le domaine des arts plastiques et visuels : installation, vidéo, peinture, photographie, sculpture... A l’image de l’artiste qui lui prête son nom, ce prix souhaite primer les artistes de la scène française les plus novateurs dans leur génération et encourager toutes les formes artistiques nouvelles qui stimulent la création.

Il est organisé en partenariat avec le Centre Pompidou et la FIAC qui accueille une exposition des artistes nommés (Cour Carrée du Louvre, du 21 au 24 octobre).

 

Principe et fonctionnement

L'originalité du Prix Marcel Duchamp réside dans le mode de sélection des artistes : ce sont les membres du comité de sélection de l’ADIAF, c’est-à-dire des collectionneurs, qui établissent la liste des artistes nommés.

La « sélection d’artistes » est ensuite soumise à un jury international réunissant des experts dont les avis font autorité dans le monde de l’art contemporain : Nicolas Bourriaud (curateur et critique d’art), Carolyn Christov Bakargiev (commissaire et critique, directrice artistique de la Documenta 13 de Kassel, 2012), Rosa de La Cruz (collectionneur), Gilles Fuchs (président de l’ADIAF, collectionneur), Toshio Hara (collectionneur), Jacqueline Matisse-Monnier (artiste) et Alfred Pacquement (directeur du Musée national d’art moderne, Centre Pompidou).

La présentation du travail des artistes est assurée par des rapporteurs choisis par les artistes. 

Le lauréat (dont le nom sera annoncé le samedi 23 octobre à 11h) bénéficiera d'une exposition personnelle de 3 mois au Centre Pompidou dans l’espace 315, d'une dotation financière de 35'000 euros offerte par l’ADIAF, d'une participation de l’ADIAF à la production de l’œuvre, ainsi que de la publication par le Centre Pompidou d’un catalogue monographique.

 

Les quatre artistes nommés en 2010

Céleste Boursier-Mougenot (représenté par la galerie Xippas) :

« Les œuvres de Céleste Boursier-Mougenot se situent à l’intersection de la musique expérimentale et des arts plastiques. Membre de formations musicales et compositeur pour le chorégraphe et metteur en scène Pascal Rambert, il décide en 1994 d’investir le territoire des arts plastiques. Ses recherches le mènent vers la réalisation d’environnements producteurs de sons et de formes en interaction, dont la combinaison partiellement contrôlée échappe en définitive à leur auteur. De la vaisselle en porcelaine qui s’entrechoque dans une piscine sous l’effet des remous de l’eau générés par une pompe (Sans titre, série III, 1999) à une série d’aspirateurs reliés à des harmonicas et contrôlés par des accordeurs de guitares électroniques (Harmonichaos, 2000), les productions de Céleste Boursier-Mougenot ont pour constante de générer une musicalité aléatoire bien que potentiellement déterminée par les outils qui les constituent. une autre œuvre particulièrement spectaculaire réunit dans un espace clos des moineaux et des guitares électriques reliées à des amplificateurs (From Here to Ear, 2008). Au contact des instruments, les oiseaux produisent des notes qui répondent ou se surajoutent à celles de leur propre chant. La poésie des rencontres ainsi permises par le dispositif tient précisément à la part incontrôlée, ou déterminée par le mécanisme autonome de l’œuvre. et à leur qualité musicale. De la même façon les formes produites sont partiellement déterminées par les nécessités de l’installation. À cela s’ajoute une dimension participative. Le spectateur est en effet invité à parcourir les installations, à s’asseoir pour en écouter la musique et à faire ainsi l’expérience d’un moment de perception insaisissable et unique. » 

Rapporteur : François Quintin, directeur de la galerie Xippas


Cyprien Gaillard (représenté par la galerie Bugada&Cargnel) :

« Cyprien Gaillard interroge dans ses photographies, ses vidéos, ses peintures, ou encore ses gravures, l’empreinte de l’homme dans la nature ou l’espace urbain. S’intéressant à l’histoire de l’architecture, il établit des liens entre sites anciens et cités modernes et propose un inventaire de ce que pourraient être les restes archéologiques de demain. Les œuvres de Cyprien Gaillard se donnent à lire comme des paysages de ruines à venir : construction hybride qui dit le passé tout en niant son existence, la ruine chez Cyprien Gaillard s’accompagne d’une réflexion présente et prémonitoire sur la destruction et la mémoire. Dans l’une des vidéos de la série « Real Remnants of Fictive Wars » (2003-2008), l’artiste a filmé un nuage de fumée artificiel qu’il créé grâce des extincteurs industriels, placés près de la Spiral Jetty de Robert Smithson, construite en 1970. Engloutie par une brusque montée des eaux en 1972, cette œuvre emblématique du Land Art atteste avant tout de l’entropie, principe cher à Smithson et caractérisant le pouvoir transformateur et destructeur des forces de la nature. Dans la vidéo de Cyprien Gaillard, le nuage vaporeux qui se dégage de la jetée, montre le lien ténu qui unit destruction et sublime. Ainsi, l’artiste, en simulant le processus de dégradation, met en scène le passage du temps. Dans sa série de peintures « The New Picturesque » (2008), il cherche à faire ressortir le « pittoresque » d’un paysage classique en faisant disparaître les éléments narratifs du tableau sous une couche de peinture blanche qui symbolise une présence fantomatique. Dans sa diversité, l’œuvre de Cyprien Gaillard semble affirmer que s’il y a une fin de l’histoire les ruines comme mémoire ont vocation à nous restituer dans le continuum du temps. »

Rapporteur : Elena Filipovic, historienne d’art, curatrice au centre d’art contemporain Wiels


Camille Henrot (représentée par la galerie Kamel Mennour) :

« Camille Henrot s’emploie depuis le milieu des années 2000 à reposer dans des termes actualisés la question qui nourrit les pratiques artistiques depuis les diverses réactivations du ready-made : comment recycler l’ordinaire dans un espace poétique ? Assumant l’héritage croisé des cultures populaires et des pratiques expérimentales, son œuvre s’empare des objets qui constituent notre environnement immédiat. Elle détourne ainsi des films appartenant au cinéma de genre pour leur appliquer des procédés du cinéma expérimental. Avec King Kong Addition (2007), trois versions du célèbre film sont strictement superposées pour former une image confuse et poétique. Ce faisant, elle respecte les qualités propres du document initial, mais permet ce glissement poétique par lequel un objet partagé de tous acquiert une certaine singularité. Dans l’exposition que lui consacre la galerie Kamel Mennour en 2009, elle rassemble, à travers quelques motifs déclinés dans la culture de consommation, l’imaginaire qui s’assortit à notre perception de l’égypte ancienne. Son travail dénote un attachement au dessin, perceptible aussi bien dans certains des procédés employés que dans la structure linéaire qui apparaît dans ses assemblages récents. On retrouve dans la série « Espèces menacées », sculptures obtenues par l’assemblage d’éléments mécaniques d’automobiles, ce déplacement poétique qui passe par la voie de la ligne : les pots d’échappement et tiges déformés forment le dessin d’une créature hybride, animale et végétale. L’uni- vers de Camille Henrot convoque et confronte Picasso, Guy Debord, Yona Friedmann, Kenneth Anger ou DJ Chloé. Autant de personnalités atypiques qui s’emploient à déjouer les classifications artistiques pour s’emparer de ce qui constitue le paysage imaginaire qui nous entoure. »

Rapporteur : Ami Barak, commissaire d’exposition


Anne-Marie Schneider (représentée par la galerie galerie Nelson Freeman) :

« Les dessins d’Anne-Marie Schneider s’apparentent à l’écriture : ils en ont la spontanéité et le pouvoir évocateur, mais aussi le caractère intimiste. Dessinés comme on écrit des lettres ou comme on parcourt un journal, sous la forme de petites séries ou ensembles, ils déploient progressivement l’iconographie d’un univers singulier, habité par le rêve, les angoisses, les petites obsessions ou envies de l’artiste. S’y rencontrent des éléments empruntés à l’ordinaire quotidien, à l’autobiographie comme au registre du mythe ou du conte : squelettes, séries de visages, ustensiles de cuisine, per- sonnages hybrides se heurtent et s’associent dans des rapprochements souvent inattendus. Il s’agit donc davantage d’agrégats que d’une stricte narration, déclinant parfois un même thème avec des intonations variables, à la manière d’exercices de styles répétés. Les techniques de l’acrylique ou de la gouache sur papier, de l’aquarelle ou de l’encre ren- dent perceptible le geste, dans sa spontanéité, mais aussi sa fragilité. Anne-Marie Schneider intègre et enregistre ces petits accidents comme des indicateurs du sensible, des sismographes de ses états d’âme. Quant à la texture du papier, elle se prête à la déformation, au vieillissement, qui participent également de la perception et de la vie de l’œuvre.Le tragique n’est jamais très loin de ces petites saynètes comiques ou grinçantes : la mort y est présente, figurée comme une allégorie, ou suggérée par le drame qui se joue en arrière-plan, comme dans la série La Noyade. L’aliénation, l’en- fermement, l’ennui sont d’autres thèmes que l’on croise dans cet univers et qui débouchent parfois sur une vision plus globale, un positionnement politique ou simplement un regard citoyen et sensible. »

Rapporteur : Eric de Chassey, directeur de la Villa Médicis

 

Les précédents lauréats du Prix Marcel Duchamp

Thomas Hirschhorn (2000) - Dominique Gonzalez-Foerster (2002) - Mathieu Mercier (2003) - Carole Benzaken (2004) - Claude Closky (2005) - Philippe Mayaux (2006) – Tatiana Trouvé (2007) - Laurent Grasso (2008), et Saâdane Afif (2009).

 

[Visuel : Gilles Fuchs, Président de l’ADIAF en compagnie des 4 artistes nommés pour le Prix Marcel Duchamp 2010. De gauche à droite : Cyprien Gaillard, Anne-Marie Schneider, Gilles Fuchs, Camille Henrot, Celeste Boursier-Mougenot. ©Jennifer Westjohn]

 

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