Publié par Paddythèque

Du 2 au 11 septembre 2010, l'Institut des Cultures d'Islam (ICI) et le Théâtre du Châtelet co-organisent la 5ème édition des « Veillées du Ramadan ». Au programme : expositions, installations, projections de films, soirées théâtre, débats, concerts, performances de danse, ateliers jeune public...

 

Veillées du Ramadam« Art, Islam et Europe » - ICI

Situé au coeur du quartier cosmopolite de la Goutte d'Or (au 19 rue Léon), l' Institut des Cultures d'Islam a pour vocation de mettre en avant la création contemporaine et de soutenir les échanges culturels. A l'occasion des Veillées, il présente la vision de trois artistes majeurs, aux techniques et aux territoires d'expression différents, reflet de la diversité des liens tissés entre culture islamique et art contemporain. Ceux-ci s'interrogent notamment sur les influences formelles et intellectuelles des arts géométriques islamiques sur l'art moderne.

Artiste français mondialement reconnu notamment pour ses installations de tubes de néon, François Morellet est l'un des principaux représentants de l'abstraction géométrique et un pionnier du minimalisme. Depuis de très nombreuses années, il engage une véritable réflexion sur les liens entre culture islamique et art contemporain. 

Dès la fin des années 40, la peinture de François Morellet s'efforce d'évacuer la subjectivité individuelle en obéissant à des préoccupations collectives. Après une courte période figurative, l'artiste amplifie cette évolution vers un art délivré de tout romantisme en choisissant l'abstraction en 1950. Et c'est précisément en 1952 que ce produit le « choc » culturel pour l'artiste, lors d'un voyage à Grenade en Espagne, où il découvre l'Alhambra (en arabe, « Al Hamra » c'est-à-dire rouge), joyau de l'architecture islamique en Europe. Il adopte dès lors un langage géométrique dépouillé et s'inspire fortement des motifs géométriques qui caractérisent cette architecture. Il joue avec le support et l'espace qui environne ses créations. A travers cette création in situ spécialement conçue pour l'ICI, composée d'une installation et d'un tableau, François Morellet réaffirme les influences du monde musulman sur son ouvre et plus généralement sur l'art contemporain.

Artiste français d'origine irakienne, Mehdi Moutashar (né en 1943, vit à Arles) situe son oeuvre entre « les arts de l'Islam et les arts géométriques occidentaux ». Depuis le début des années soixante-dix, il mène une réflexion à la fois sensible et construite, une véritable grammaire articulée autour du concept du carré. Présente dès le début dans son travail en deux dimensions, cette recherche s'est poursuivie ces dernières années à travers des constructions qui témoignent d'une approche philosophique globale de l'espace. C'est à cette logique qu'appartiennent sa référence constante à l'alphabet et à la calligraphie, ainsi que l'utilisation récurrente de la brique, module par excellence.

Situées sur la terrasse et dans les salles d'exposition de l'ICI, les sculptures de Mehdi Moutashar témoignent d'une lecture fondée à la fois sur l'héritage des avant-gardes européennes, qui ont développé le minimalisme de l'abstraction géométrique, et sur sa culture d'origine, la culture arabo-musulmane, faisant le lien entre architecture et calligraphie arabe. Sur l'affiche des Veillées du Ramadan et dans ses sculptures exposées à l'ICI, les carrés de Mehdi Moutashar se déclinent dans tous les sens. Décomposés, repliés, assemblés, ils nous entraînent aux frontières de l'art et des mathématiques. A l'occasion de cet événement, l'artiste expose également une série de tableaux inspirés de la tradition islamique, l'occasion de découvrir les multiples dimensions que revêt son univers.

Reza Abedini (né à Téhéran en 1967, vit aux Pays-Bas) est une figure phare de la scène contemporaine tant dans son pays d'origine que dans son pays d'accueil. A l'origine du ReZar, graphisme qui revisite la typographie arabe, l'artiste s'inspire de la culture musulmane, et en particulier safavide (période de la Renaissance, où les échanges entre le monde musulman et l'Europe s'intensifient), pour en proposer une nouvelle version aux accents et à l'esthétique modernes et universels. En refusant le placage des codes latins occidentaux sur la calligraphie persane, il redessine les polices de caractères de sa langue officielle, le «farsi», pour créer son propre alphabet, dont il chahute la linéarité grâce à la composition numérique. Il s'inspire aussi des architectures de terres séchées d'Ispahan, en privilégiant le fond kraft et les ocres.

A plus de 40 ans, modèle pour toute une génération de jeunes de son pays natal, il incarne un nouveau rapport à l'art du Moyen-Orient, puisant son inspiration dans le passé mais pour mieux l'ancrer dans un nouveau monde résolument cosmopolite. Membre de l'Alliance Graphique Internationale et enseignant en design graphique à l'université de Téhéran depuis 1996, il a été primé par la fondation néerlandaise Prince Claus en 2006. Reza Abedini travaille dans des domaines variés : affichage, photographie, création de logos, illustration, design ou encore édition. Création graphique monumentale spécialement conçue pour l'ICI, l'installation de Reza Abedini surplombe le jardin aménagé par la jeune architecte Blanche Rivière.            

 

L'Islam Caché (The Hidden Islam) - ICI

Exposition photographique de Nicolò Degiorgis, parrainée par Martin Parr

Jeune talent italien, Nicolò Degiorgis a vécu en Chine et travaillé en tant que photographe pour la célèbre agence Magnum à Paris. Aujourd'hui chercheur sur l'immigration, il a photographié le nord-est de l'Italie et enquêté sur les difficultés d'être musulman et pratiquant, dans un pays qui compte une seule mosquée officielle pour plus d'un million de musulmans. Il expose à l'ICI une série de photographies, intitulée « l'Islam caché ». Des clichés pris aux détours d'un garage, d'une cour, d'un sous-sol ou même d'un entrepôt désaffecté, et qui constituent un précieux témoignage sur la situation de la communauté musulmane transalpine.

Le parrain de cette exposition, Martin Parr, prépare actuellement un projet photographique original et inédit sur l'Islam, tel qu'il est vécu et pratiqué dans le quartier de la Goutte d'Or. Sur invitation de l'ICI, le fruit de cette résidence photographique fera l'objet d'une exposition en février 2011.    

 

Le Salon d'Hassan Hajjaj - Lounge électro, version pop orientale

Ayant grandi dans le Londres cosmopolite, Hassan Hajjaj (né au Maroc) est à la fois musicien, styliste, photographe et plasticien. Il est notamment connu pour sa série d'installations « Le Salon », dont le but est de mettre en scène une interaction sociale. Il signe de sa touche pop-orientale un tout nouveau Salon spécialement pour les Veillées du Ramadan, rebaptisé Diwan orientaloccidental, nom emprunté à la dernière oeuvre poétique de Goethe.

Audacieux clin d'œil aux traditions islamiques et à la mondialisation, le Salon aménagé par l'artiste évoque à la fois la profusion des souks et la tradition anglaise du thé, rendant ainsi hommage à la culture marocaine et anglo-saxonne, toutes deux constitutives de son identité. Les objets, représentations de l'art islamique et symboles de la société de consommation (marques, logos...), sont détournés, superposés, réinventés. Le regard occidental de Hajjaj marque son univers oriental. Il se joue des stéréotypes, s'amuse à confronter les codes et les usages et crée ainsi une oeuvre « arabo-islamique pop », à la fois esthétique, ironique et universelle.

 

La soirée de clôture se tiendra au Théâtre du Châtelet, le 11 septembre (sur invitation uniquement). Les places sont à retirer à l'ICI, dans la limite de deux invitations par personne.


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