Publié par Paddythèque

Du 7 avril au 30 août 2010, dans le cadre du projet départemental « Visa pour l’Afrique », l’abbaye de Maubuisson accueille « Fictions #3 » de l’artiste camerounais Bili Bidjocka.

 

Bili-Bidjocka---Abbaye-de-Maubuisson-.pngProposée par Simon Njami (commissaire d’ « Africa Remix » présenté entre 2005 et 2007 à Düsseldorf, Londres, Paris, Tokyo, Johannesburg / critique d’art et co-fondateur de Revue Noire), cette exposition monographique est le troisième volet d’un projet d’expositions dont les deux premières étapes ont eu lieu au cours de l’été 2009 à la Goodman Gallery (Cape Town, Afrique du Sud), puis en octobre-novembre 2009 à la Galerie Olivier Robert (Paris).

« La nouvelle fiction de Bili Bidjocka est une parabole philosophique et humaine. Elle parle de la rencontre improbable entre deux continents, deux histoires, trois espace-temps. Le premier est constitué par l’abbaye de Maubuisson elle-même. Une parenthèse spatio-temporelle dans un environnement social et urbanistique qui la nimbe d’irréalité. C’est à partir de cette irréalité-là, que l’artiste a commencé à écrire son histoire. Blanche de Castille et Saint-Louis. Et puis soudain, voici qu’apparaît Soundiata Keita, l’un des plus grands empereurs d’Afrique, qui fût contemporain du saint roi. Toute la force de cette rencontre réside dans le double transfert qui est ainsi opéré. imaginons un instant ces deux-là. Regardons-les s’étreindre et se donner du 'frère'. Deviser sur les affaires de leurs royaumes respectifs et sur le dur métier de régner (car ils sont rois, tous les deux). Un thé, quelques biscuits, des boissons fraîches, vont leur être servis à l’ombre d’un grand arbre. Puis ils joueront aux échecs après s’être promenés dans le magnifique parc. Le soir, ils dîneront avec leurs mères et parleront philosophie, poésie et musique, comparant les mérites des instruments à vent à ceux des instruments à cordes. Cela se passe au Moyen âge. Le temps avance à son rythme et les usages sont bien plus civils alors, malgré la barbarie attachée à cet âge, que nos sophistications contemporaines.

La métaphore, à l’aube du troisième millénaire, fonctionne à merveille. Les habitants de Maubuisson sont tous concernés. Les Français de vieille souche comme les populations migrantes dont un grand nombre est issu de cette Afrique qui n’aurait pas dû se trouver-là, au cœur de cette France médiévale. Saint-louis et Soundiata, c’est la rencontre de deux cultures, de deux mondes à la fois opposés et proches. Après tout, quoi de plus semblable à un roi qu’un autre roi ? Qu’il y a-t-il, en effet de plus proche d’un roi qu’un autre roi, fussent-ils Mongols ou Aztèques ? Peu de chose, en réalité. A travers cet événement historique, Bidjocka nous invite à passer de l’autre côté du miroir et à voir le monde tel qu’il aurait pu être. L’exposition, une invitation au voyage, se présente comme un parcours, une promenade méditative dans laquelle le spectateur devient acteur de sa propre fiction. Dès la Grange, le ton sera donné : nous allons jouer avec l’absence et la présence, les illusions d’optique. Puis nous traversons le parc, peuplé de fantômes et d’ombres évanescentes. Et puis...

Le traitement de cette fable, tout en subtiles allusions, en clins d’œil et en trompe-l’œil, nous conduit en bons pèlerins, à ne plus douter de la révélation qui nous est faite, au bout d’un parcours qui participe de l’initiation la plus pure. Qu’est l’art contemporain, en effet, si ce n’est cette machine à voyager dans le temps, cette question ouverte, à jamais irrésolue, cette quête d’un absolu dont les contours flous hantent les esprits ? il ne s’agit pas d’Afrique ni de France. il ne s’agit pas d’historicité. Il s’agit d’un moment à vivre. un moment de réconciliation au cœur duquel, toujours, la place la plus large est faite à notre humanité. En décidant de confronter le temps au temps, les valeurs aux valeurs, Bili Bidjocka nous rappelle cette évidence: il n’y a rien d’humain qui soit étranger à l’humain. » (Simon Njami)

 

Bili Bidjocka 

Bili Bidjocka est né en 1962 à Douala (Cameroun). il vit et travaille à Paris depuis 1974. En 1985, il co-fonde les Frigos, une cité de créateurs installée sur la rive gauche de la Seine, dans le 13e arrondissement de Paris.

Depuis 1994, il collabore en tant qu’artiste et coordinateur à plusieurs manifestations et projets internationaux : il fonde en 1995 le « matrix Art Project New York », une plate-forme de création et d’expérimentation artistique, à Tribeca, Dowtown NY, lance en 1997 le « matrix Art Project à Bruxelles », un espace de 1200 m2 dans le centre historique de Bruxelles...

Parmi ses dernières expositions : 

  • 2009 : « You have no chance, Grab it - Do not Take it, Do not eat it, This is not my Body... », Urban Scenography Drill Hall, Johannesbourg.
  • 2009 : « Fictions #1 Autobiography without for of Bernardo Soares », Goodman Gallery, Cape Town, Afrique du Sud
  • 2009 : « Fictions #2, J’ai l’impression qu’il y a une histoire d’amour entre la fille de salle et le grand noir qui fait le ménage », galerie Olivier Robert, Paris, France
  • 2007 : « On est dans l’espace de la peinture où on ne l’est pas 7 », Luanda Triennial, Luanda, Angola 
  • 2007 : « L’écriture infinie #4 - Checklist / luanda pop », 1er pavillon africain de la biennale de Venise, italie

 

Commenter cet article